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23/05/2010

Quelques mots d'Isa

Isa, c'est la maman de Jules, parti rejoindre Fiona le 15 janvier 2010.
Isa, c'est ma petite soeur de coeur que j'aime très fort.
Elle a écrit une note sur son blog qui me va droit au coeur. Parce que je la partage profondément.

Je vous offre ses quelques lignes

"Comment tu fais pour être comme ça Isa ?

Rien n'est dénué de sens, la vie, la mort, nos joies, nos peines.
Il suffit de rebondir sur chaque épreuve que la vie nous impose.
Nous ne vivons rien par hasard, il faut simplement se servir de se qui nous arrive,
Pour en tirer une leçon et vouloir y trouver une utilité, une façon différente de voir les choses
Vouloir apporter aux autres cette nouvelle connaissance imposée.
C'est ce que je me suis dis en vivant le handicap et en créant l'association Handi pouce
Aujourd'hui il me semble que c'est une page qui commence à se tourner, « associativement » j'ai montré le chemin, j'ai guidé, j'ai prouvé que malgré le handicap nous pouvions avancer, vivre pleinement et être heureux.
Je crois avoir été le bon exemple en vu du handicap qu'avait Jules, et cet amour qui n'avait aucune frontière aucune limite entre lui et moi. C'est lui à présent qui me guide dans mes choix, dans ma façon d'avancer.
Aujourd'hui, j'ai encore à faire dans l'accompagnement du deuil.
Ceci ne me pose pas de problème, j'avais déjà au par avant un rapport avec la mort qui ne me gênait pas, aujourd'hui j'ai un rapport encore plus détacher, puisque je sais, puisque je pense que la mort n'est rien, juste un passage vers une autre vie. Ce n'est qu'une fin provisoire des êtres aimés pour nous, les vivants, en attendant de faire notre temps ici bas. Il suffit d'attendre son tour.
La vie est tracée, c'est ainsi, nous avons chacun des missions, plus ou moins importante en fonction de nos personnalités et de la possibilité à rebondir.

Non, je ne fais pas partie d'une secte, il s'agit la simplement d'une façon de pensée, MA façon de pensée et ma philosophie de vie.

Je dédie ce texte à Maryse, Patounette et Marie
Bon dimanche à tous"

17/05/2010

Souvenirs d'un autre temps

Je me suis plongée dans les cartons de photos. Je n’y avais pas remis la main depuis le lendemain des obsèques de Fiona. Je pense que ma jeune sœur Sophie s’en souvient encore. Nous avions passé une partie de l’après-midi à regarder toutes ces photos anciennes, récentes, des bouts de vie, en riant comme deux folles et en versant quelques larmes…C’était il y a un peu plus de deux ans.

J’ai retrouvé des photos d’un autre temps, avant Fiona (le avant, avant le pendant et bien avant le après…). Je faisais toute jeunette, j’étais toute jeunette. Je m’apprêtais à vivre une tranche de vie intense et riche, sans le savoir.
Que ferions-nous si nous avions le choix de choisir ? Certaines situations ne seraient jamais vécues, à tort certainement. La peur nous ferait fuir.

Et pourtant, certains passages de nos vies, même douloureux valent bien la peine d’avoir été vécus. Alors, si c’était à refaire, je remettrais au monde cette petite bouille, telle qu’elle était, sans rien changer d’elle et de sa différence. En souhaitant simplement la garder près de moi, bien plus longtemps, longtemps…Car elle me manque toujours autant.
Certains jours, l’envie de la toucher est insupportable. Je dessine les contours de son visage sur ses photos mais je reste sur ma faim.  Elle n’est plus que photos, dessins, objets. Elle n’est plus que le souvenir d’un bonheur qui me parait si loin et si proche à la fois. D’une autre vie bien éloignée de ma vie actuelle.
Même si elle est en moi chaque seconde qui s’écoule, même si  je la porte en moi, dans chacun de mes gestes et de mes paroles. Même si son visage est resté intact dans ma tête, même si je la vois comme si elle était là, devant moi.
Mais je ne la respire plus.
Alors, les mois ont beau passer, la douleur reste. Parfois, intolérable, parfois plus discrète. Sans que je comprenne pourquoi. Ces dernières semaines ont été pénibles. Je me réveillais le matin à nouveau dans mon ancienne vie où elle était encore là. Et la réalité de son absence devenait subitement atroce et irréelle. Je me suis posée 15 000 fois la question « pourquoi ? ».
Je ne sais combien de temps, combien d’années ce sentiment de solitude sans elle va-t-il me coller au cœur ?

Je vais mieux depuis quelques jours mais je sais qu’il va me falloir être forte toute ma vie pour supporter ces angoisses incontrôlables et ces instants de tristesse profonde.  Je me sens heureuse malgré tout le plus souvent et je sais que Fiona doit tellement aimer me voir ainsi. Et je la revois, toujours le sourire aux lèvres, ses éclats de rire en cascade, sa bonne humeur, son humour et son bonheur de vivre.

Alors pour toi ma nénette, je vais m’attarder sur ces petits bonheurs de la vie qui nous donnent chaud au cœur.

Je t’aime.

 

 

08/11/2009

"L'Autre Maison"

"L'Autre Maison", c'est ainsi que Fiona la nommait.
"Maman, nous pourrions aller dans l'autre maison ce week-end" tapait elle des fois sur son clavier.

Fontarèches, cette Autre Maison,
le seul lieu qu'il me reste d'elle. Je la sens ici. Parfois elle me parle, comme hier soir. Ou bien elle m'envoie quelques signes.
Je m'y sens bien, loin du monde me semble t-il, en paix avec moi même, face à moi-même.

J'ai rangé quelques affaires de Fiona qui étaient dans des cartons. J'ai retrouvé son "Carnet secret des filles" que nous avions commencé ensemble à remplir.

P1000664.JPG

Elle devait y noter qui elle était, ses signes particuliers (elle avait indiqué : jolie, forte, très (trop) moi !),
ce qu'elle préférait chez elle (ses yeux, ses cheveux),
à qui elle ressemblait (Pierre...:)),
ses qualités (joie)...
Nous en étions restées là.
Nous n'avons pas eu le temps d'aller plus loin...et puis ses vrais secrets, ce n'est pas à moi qu'elle les aurait racontés.

Par contre, à la page "je déteste", elle avait répondu :
"Je déteste lorsque les gens me parlent comme à un bébé, lorsque les gens se disputent, lorsque j'essaye d'exprimer quelque chose et que personne ne me comprend".

Dans ce cahier, j'ai retrouvé un petit mot qu'elle avait écrit avec Julie, une de ses éduc suite au "départ" de deux de ses camarades (j'étais alors en déplacement à Lyon pour le salon du Handicap) :
"Je suis triste pour Fayfun et Sonia. J'ai peur de mourir. Pourquoi je n'arrive pas à pleurer. Je voudrais mais je n'y arrive pas. Maman part au mauvais moment. J'ai besoin d'elle, je ne veux pas qu'elle meurt. La vie est injuste, il faut pourtant faire avec."

Voilà, j'ai refermé son "Carnet secret des filles" et je l'ai déposé sur une étagère d'un placard de "l'Autre Maison".