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17/05/2010

Souvenirs d'un autre temps

Je me suis plongée dans les cartons de photos. Je n’y avais pas remis la main depuis le lendemain des obsèques de Fiona. Je pense que ma jeune sœur Sophie s’en souvient encore. Nous avions passé une partie de l’après-midi à regarder toutes ces photos anciennes, récentes, des bouts de vie, en riant comme deux folles et en versant quelques larmes…C’était il y a un peu plus de deux ans.

J’ai retrouvé des photos d’un autre temps, avant Fiona (le avant, avant le pendant et bien avant le après…). Je faisais toute jeunette, j’étais toute jeunette. Je m’apprêtais à vivre une tranche de vie intense et riche, sans le savoir.
Que ferions-nous si nous avions le choix de choisir ? Certaines situations ne seraient jamais vécues, à tort certainement. La peur nous ferait fuir.

Et pourtant, certains passages de nos vies, même douloureux valent bien la peine d’avoir été vécus. Alors, si c’était à refaire, je remettrais au monde cette petite bouille, telle qu’elle était, sans rien changer d’elle et de sa différence. En souhaitant simplement la garder près de moi, bien plus longtemps, longtemps…Car elle me manque toujours autant.
Certains jours, l’envie de la toucher est insupportable. Je dessine les contours de son visage sur ses photos mais je reste sur ma faim.  Elle n’est plus que photos, dessins, objets. Elle n’est plus que le souvenir d’un bonheur qui me parait si loin et si proche à la fois. D’une autre vie bien éloignée de ma vie actuelle.
Même si elle est en moi chaque seconde qui s’écoule, même si  je la porte en moi, dans chacun de mes gestes et de mes paroles. Même si son visage est resté intact dans ma tête, même si je la vois comme si elle était là, devant moi.
Mais je ne la respire plus.
Alors, les mois ont beau passer, la douleur reste. Parfois, intolérable, parfois plus discrète. Sans que je comprenne pourquoi. Ces dernières semaines ont été pénibles. Je me réveillais le matin à nouveau dans mon ancienne vie où elle était encore là. Et la réalité de son absence devenait subitement atroce et irréelle. Je me suis posée 15 000 fois la question « pourquoi ? ».
Je ne sais combien de temps, combien d’années ce sentiment de solitude sans elle va-t-il me coller au cœur ?

Je vais mieux depuis quelques jours mais je sais qu’il va me falloir être forte toute ma vie pour supporter ces angoisses incontrôlables et ces instants de tristesse profonde.  Je me sens heureuse malgré tout le plus souvent et je sais que Fiona doit tellement aimer me voir ainsi. Et je la revois, toujours le sourire aux lèvres, ses éclats de rire en cascade, sa bonne humeur, son humour et son bonheur de vivre.

Alors pour toi ma nénette, je vais m’attarder sur ces petits bonheurs de la vie qui nous donnent chaud au cœur.

Je t’aime.

 

 

13/12/2009

Le film de son départ

Hier soir, je me suis couchée pleine de Fiona, de son odeur, des moments forts vécus avec elle.
Je me suis couchée, je me sentais triste, malheureuse de ne plus l'avoir près de moi, perdue de ne plus la toucher.

photo fiona - Gargilesse.jpg
Fiona a 11 ans

Hier soir, je me suis couchée et j'ai pensé.

Je me suis repassé le film de son départ, tout se bousculait dans ma tête, de bien tristes pensées qui me rendaient prisonnière de mon angoisse grandissante.

Le bruit du défibrilateur. Son corps étendu sur le sol de la chambre chez son père, son body découpé, les pompiers et le SAMU autour d'elle, sa tête penchée sur le côté, sa petite bouche entrouverte laissant sortir le tube d'intubation, sa peau transparente, ses yeux à moitié fermés...

Son corps protégé par ce drap d'aluminium, le brancard dans les escaliers, la sirène du Samu entendu maintes fois auparavant lors d'hospitalisations d'urgence.

Garches, l'attente, le bureau avec le Docteur Rubinstein et l'infirmier des dons d'organes.

Nos visages défaits dans la salle d'attente. Ma famille réunie, cop's Michèle. Les larmes.

Son corps étendu en salle de réa à Garches, le même lit où elle s'était si souvent retrouvée auparavant.

Ses yeux scotchés. Et ses deux larmes qui coulent quand Pierre et moi nous lui tenons la main.

Son départ de Garches pour l'hôpital de Versailles en vue du don d'organes, branchée de tous les côtés. La famille autour du brancard dans le couloir, la caressant au passage. Son Ben posé sur elle.

Le prêtre indélicat pour son baptême de dernière minute, impatient car trop pressé. Pierre et moi, dans un cauchemar irréel, pensant que nous allions enfin nous réveiller.

L'attente interminable, interminable, Fiona respirant artificiellement, toujours branchée de tous les côtés. Je voulais que tout cesse, que l'acharnement cesse, qu'ils arrêtent de la piquer et de lui injecter des antibiotiques et toutes sortes de médicaments pour maintenir ses organes en vie. Elle, mon enfant, ma fille, mon Amour n'était plus en vie. Et pourtant elle respirait. L'attente interminable jusqu'aux alentours de minuit, où les receveurs avaient enfin été choisis.

J'ai du lâcher sa petite main pour laisser partir le brancard en salle d'intervention.

Son corps étendu sous un drap blanc. Un brancard dans la morgue. Comme dans les films.

Et son retour à la maison, dans un sac hermétique. Ses soins, l'habillage. Qu'allons-nous lui mettre ? Ses hanches avaient légèrement élargi. Je ne sais pas pourquoi. Qu'avaient ils mit à la place de ses reins prélevés ? Je ne sais pas.

Nous sommes restés près d'elle cinq jours. Elle était libre, sans aucune machine, dans un autre monde inconnu. Plus aucun souffle ne sortait de sa bouche. Sa beauté était intacte.

Nous l'avons veillée ainsi cinq jours. Je ne voulais plus la quitter. Plus jamais. C'était impossible que la cruauté de la vie me l'enlève. Que je sois obligée de lui lâcher définitivement la main.

Je me repasse le film de son départ. Une douleur incommensurable qui jamais ne s'effacera totalement.

Tu me manques ma Nénette et même si je te sens, même si  je sais que tu es là, près de moi, même si je sais que notre Amour est éternel, même si le bonheur est en moi parfois, tu me manques ...

17:52 Publié dans Tristesse | Tags : douleur, main, nénette | Lien permanent | Commentaires (10)

25/10/2009

Etre dans la joie

La vie se poursuit inlassablement.

Ma fragilité au coin des yeux, au bord du coeur, prête à déborder. Parfois au moment où je l'attends le moins.
Je regarde autour de moi. Rien n'a changé.
Le jour se lève, le soleil se couche, les drames explosent partout dans le monde, les scandales sans intérêt font la une des journaux, les injustices font mal, les fleurs se fanent, les herbes poussent, la pluie sent bon la terre, les conversations se font toujours aussi profondes ou superficielles, les bonheurs se dessinent sur les lèvres, des bébés naissent, des gens meurent, la tristesse pleure dans certains esprits, les saisons passent avec leurs défilés de belles couleurs, la vie poursuit son rythme régulier.

Rien n'a changé.
Je me lève le matin, je me pose des questions existentielles ou je me laisse aller à des pensées futiles réconfortantes, je ris de tout et de rien, je m'interroge, j'admire, j'écoute, je pleure pour tout et n'importe quoi, je mange, je dors, j'aime, je vis mes émotions, j'explore, j'expose mes ressentis, je vis encore et toujours.
Rien n'a changé.

Pourtant, rien n'est plus pareil. Rien ne sera plus jamais pareil. La cassure est irréparable quoique l'on dise, quoique l'on pense. La blessure est plus ou moins enfouie selon les jours, selon les quelques rayons de soleil qui brillent dehors, selon les lieux, les personnes qui sont auprès de moi. Mais la blessure est là. Malgré les silences, malgré les mots de réconfort, malgré les photos que je regarde encore et encore, les souvenirs imprimés dans mon esprit, les films que je visionne les yeux fermés.

Je n'étais pas prête. L'est-on un jour ?
Je nétais pas prête à laisser partie cette plus grande partie de moi-même. Rien ne m'avait préparée à vivre du jour au lendemain sans cette fusion inexplicable, sans cette approche charnelle, sans cette communication au delà des mots, sans cette profondeur d'âme, sans ces regards qui lisent à l'intérieur.

J'ai vécu une tranche de vie extraordinaire. Des instants magiques où le mot bonheur prends un sens totalement dénué de tout autre aspect que celui de la profondeur de l'être.
"Etre dans la joie" a tout son sens.
C'est une joie de l'âme qui vous enveloppe chaleureusement et vous fait prendre conscience de l'importance du moment présent...de l'unique moment présent.