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Tristesse - Page 2

  • Souvenirs d'un autre temps

    Je me suis plongée dans les cartons de photos. Je n’y avais pas remis la main depuis le lendemain des obsèques de Fiona. Je pense que ma jeune sœur Sophie s’en souvient encore. Nous avions passé une partie de l’après-midi à regarder toutes ces photos anciennes, récentes, des bouts de vie, en riant comme deux folles et en versant quelques larmes…C’était il y a un peu plus de deux ans.

    J’ai retrouvé des photos d’un autre temps, avant Fiona (le avant, avant le pendant et bien avant le après…). Je faisais toute jeunette, j’étais toute jeunette. Je m’apprêtais à vivre une tranche de vie intense et riche, sans le savoir.
    Que ferions-nous si nous avions le choix de choisir ? Certaines situations ne seraient jamais vécues, à tort certainement. La peur nous ferait fuir.

    Et pourtant, certains passages de nos vies, même douloureux valent bien la peine d’avoir été vécus. Alors, si c’était à refaire, je remettrais au monde cette petite bouille, telle qu’elle était, sans rien changer d’elle et de sa différence. En souhaitant simplement la garder près de moi, bien plus longtemps, longtemps…Car elle me manque toujours autant.
    Certains jours, l’envie de la toucher est insupportable. Je dessine les contours de son visage sur ses photos mais je reste sur ma faim.  Elle n’est plus que photos, dessins, objets. Elle n’est plus que le souvenir d’un bonheur qui me parait si loin et si proche à la fois. D’une autre vie bien éloignée de ma vie actuelle.
    Même si elle est en moi chaque seconde qui s’écoule, même si  je la porte en moi, dans chacun de mes gestes et de mes paroles. Même si son visage est resté intact dans ma tête, même si je la vois comme si elle était là, devant moi.
    Mais je ne la respire plus.
    Alors, les mois ont beau passer, la douleur reste. Parfois, intolérable, parfois plus discrète. Sans que je comprenne pourquoi. Ces dernières semaines ont été pénibles. Je me réveillais le matin à nouveau dans mon ancienne vie où elle était encore là. Et la réalité de son absence devenait subitement atroce et irréelle. Je me suis posée 15 000 fois la question « pourquoi ? ».
    Je ne sais combien de temps, combien d’années ce sentiment de solitude sans elle va-t-il me coller au cœur ?

    Je vais mieux depuis quelques jours mais je sais qu’il va me falloir être forte toute ma vie pour supporter ces angoisses incontrôlables et ces instants de tristesse profonde.  Je me sens heureuse malgré tout le plus souvent et je sais que Fiona doit tellement aimer me voir ainsi. Et je la revois, toujours le sourire aux lèvres, ses éclats de rire en cascade, sa bonne humeur, son humour et son bonheur de vivre.

    Alors pour toi ma nénette, je vais m’attarder sur ces petits bonheurs de la vie qui nous donnent chaud au cœur.

    Je t’aime.

     

     

  • Le film de son départ

    Hier soir, je me suis couchée pleine de Fiona, de son odeur, des moments forts vécus avec elle.
    Je me suis couchée, je me sentais triste, malheureuse de ne plus l'avoir près de moi, perdue de ne plus la toucher.

    photo fiona - Gargilesse.jpg
    Fiona a 11 ans

    Hier soir, je me suis couchée et j'ai pensé.

    Je me suis repassé le film de son départ, tout se bousculait dans ma tête, de bien tristes pensées qui me rendaient prisonnière de mon angoisse grandissante.

    Le bruit du défibrilateur. Son corps étendu sur le sol de la chambre chez son père, son body découpé, les pompiers et le SAMU autour d'elle, sa tête penchée sur le côté, sa petite bouche entrouverte laissant sortir le tube d'intubation, sa peau transparente, ses yeux à moitié fermés...

    Son corps protégé par ce drap d'aluminium, le brancard dans les escaliers, la sirène du Samu entendu maintes fois auparavant lors d'hospitalisations d'urgence.

    Garches, l'attente, le bureau avec le Docteur Rubinstein et l'infirmier des dons d'organes.

    Nos visages défaits dans la salle d'attente. Ma famille réunie, cop's Michèle. Les larmes.

    Son corps étendu en salle de réa à Garches, le même lit où elle s'était si souvent retrouvée auparavant.

    Ses yeux scotchés. Et ses deux larmes qui coulent quand Pierre et moi nous lui tenons la main.

    Son départ de Garches pour l'hôpital de Versailles en vue du don d'organes, branchée de tous les côtés. La famille autour du brancard dans le couloir, la caressant au passage. Son Ben posé sur elle.

    Le prêtre indélicat pour son baptême de dernière minute, impatient car trop pressé. Pierre et moi, dans un cauchemar irréel, pensant que nous allions enfin nous réveiller.

    L'attente interminable, interminable, Fiona respirant artificiellement, toujours branchée de tous les côtés. Je voulais que tout cesse, que l'acharnement cesse, qu'ils arrêtent de la piquer et de lui injecter des antibiotiques et toutes sortes de médicaments pour maintenir ses organes en vie. Elle, mon enfant, ma fille, mon Amour n'était plus en vie. Et pourtant elle respirait. L'attente interminable jusqu'aux alentours de minuit, où les receveurs avaient enfin été choisis.

    J'ai du lâcher sa petite main pour laisser partir le brancard en salle d'intervention.

    Son corps étendu sous un drap blanc. Un brancard dans la morgue. Comme dans les films.

    Et son retour à la maison, dans un sac hermétique. Ses soins, l'habillage. Qu'allons-nous lui mettre ? Ses hanches avaient légèrement élargi. Je ne sais pas pourquoi. Qu'avaient ils mit à la place de ses reins prélevés ? Je ne sais pas.

    Nous sommes restés près d'elle cinq jours. Elle était libre, sans aucune machine, dans un autre monde inconnu. Plus aucun souffle ne sortait de sa bouche. Sa beauté était intacte.

    Nous l'avons veillée ainsi cinq jours. Je ne voulais plus la quitter. Plus jamais. C'était impossible que la cruauté de la vie me l'enlève. Que je sois obligée de lui lâcher définitivement la main.

    Je me repasse le film de son départ. Une douleur incommensurable qui jamais ne s'effacera totalement.

    Tu me manques ma Nénette et même si je te sens, même si  je sais que tu es là, près de moi, même si je sais que notre Amour est éternel, même si le bonheur est en moi parfois, tu me manques ...

  • Etre dans la joie

    La vie se poursuit inlassablement.

    Ma fragilité au coin des yeux, au bord du coeur, prête à déborder. Parfois au moment où je l'attends le moins.
    Je regarde autour de moi. Rien n'a changé.
    Le jour se lève, le soleil se couche, les drames explosent partout dans le monde, les scandales sans intérêt font la une des journaux, les injustices font mal, les fleurs se fanent, les herbes poussent, la pluie sent bon la terre, les conversations se font toujours aussi profondes ou superficielles, les bonheurs se dessinent sur les lèvres, des bébés naissent, des gens meurent, la tristesse pleure dans certains esprits, les saisons passent avec leurs défilés de belles couleurs, la vie poursuit son rythme régulier.

    Rien n'a changé.
    Je me lève le matin, je me pose des questions existentielles ou je me laisse aller à des pensées futiles réconfortantes, je ris de tout et de rien, je m'interroge, j'admire, j'écoute, je pleure pour tout et n'importe quoi, je mange, je dors, j'aime, je vis mes émotions, j'explore, j'expose mes ressentis, je vis encore et toujours.
    Rien n'a changé.

    Pourtant, rien n'est plus pareil. Rien ne sera plus jamais pareil. La cassure est irréparable quoique l'on dise, quoique l'on pense. La blessure est plus ou moins enfouie selon les jours, selon les quelques rayons de soleil qui brillent dehors, selon les lieux, les personnes qui sont auprès de moi. Mais la blessure est là. Malgré les silences, malgré les mots de réconfort, malgré les photos que je regarde encore et encore, les souvenirs imprimés dans mon esprit, les films que je visionne les yeux fermés.

    Je n'étais pas prête. L'est-on un jour ?
    Je nétais pas prête à laisser partie cette plus grande partie de moi-même. Rien ne m'avait préparée à vivre du jour au lendemain sans cette fusion inexplicable, sans cette approche charnelle, sans cette communication au delà des mots, sans cette profondeur d'âme, sans ces regards qui lisent à l'intérieur.

    J'ai vécu une tranche de vie extraordinaire. Des instants magiques où le mot bonheur prends un sens totalement dénué de tout autre aspect que celui de la profondeur de l'être.
    "Etre dans la joie" a tout son sens.
    C'est une joie de l'âme qui vous enveloppe chaleureusement et vous fait prendre conscience de l'importance du moment présent...de l'unique moment présent.

  • Life is beautiful

    Je reviens sur le blog après un mois d'absence.

    La maison a été vendue, j'ai signé l'acte de vente, rendu les clefs et fermé définitivement la porte.
    J'ai beaucoup bougé entre Bruxelles et Saint Germain en Laye en passant par Fontarèches où je suis actuellement pour quelques semaines.


    Puis la fatigue s'est fait sérieusement sentir , le moral perpetuellement en dents de scie et la solitude profonde en moi que rien ni personne ne parvient à totalement combler.
    Je suis épuisée. Je le sens, mon corps est fatigué, mes nerfs lâchent, mes pensées déraillent parfois.

    J'aimerais être encore 2 années en arrière quand ma vie était douce, bercée par l'amour de mon enfant.
    J'aimerais être encore 2 années en arrière quand les projets étaient d'actualité, quand je savais où j'allais, quand je me sentais pleine de vie et d'énergie.

    Je suis épuisée.
    Trop de bouleversements.
    Trop de souffrance.
    Trop d'incertitudes.
    Plus aucun repaire.
    Une insécurité effrayante.

    Pourtant...
    Je suis en vie, j'ai certainement entre les mains les clefs du bonheur, un avenir devant moi qu'il ne tient qu'à moi de rendre beau, une famille et des amis qui m'aiment, une enfant dans mon cœur de maman qui jamais ne s'éteindra...

    Life is beautiful.


    Mes pensées aujourd'hui vont à Pascal et Tanguy...

     

  • La bombe à retardement

    Il y a des jours sans et des jours avec.
    Les jours sans sont de plus en plus nombreux, de plus en plus rapprochés.

    La bombe à retardement.

    Il y a 1 an ½ , c'était « Tout va bien, je viens de perdre ma fille, mais je vous assure que ça va.... »
    Et vous étiez nombreux à ne pas comprendre comment je pouvais tenir le coup...
    Aujourd'hui c'est « plus rien ne va, j'ai perdu ma fille il y a 18 mois, mais je ne vais plus du tout ».
    Et vous êtes nombreux à vous dire que tout est rentré dans l'ordre .
    Ben non, rien n'est rentré dans l'ordre.
    Je souffre comme jamais, désolée de vous le dire.

    Je pleure pour un oui et pour un non. Je ne sais même plus pourquoi je pleure. C'est lassant et fatigant...pour moi et pour les autres.
     
    Je pense à mes amies. Cop's Michèle et Marie. Toujours présentes.
    Hélène.
    Je pense à ma famille que je sens loin, trop loin.

    Il me reste 4 jours avant le déménagement.
    Cop's Michèle va venir « faire » la chambre de Fiona avec moi.
    Et ceux qui veulent...

    Bonne nuit à tous.

  • Trop dur !

    Je ne savais pas à quel point ce serait si difficile. J'ai envie de m'agenouiller dans un coin et de ne plus bouger...Fermer les yeux, ne plus jamais bouger, rester là.
    Plus rien n'a de goût aujourd'hui.

    Dans un tiroir, j'ai trouvé quelques écrits de Pierre qui date d'il y a un an.

    "Je n'ai pas oublié, non cela serait trop facile et contre nature. Il manque notre petite Fiona, notre fille. Celle qui nous a toujours accompagnés, suivis. A mon tour je suis désespéré. Rien de plus naturel alors de prendre la main de Patricia et de la serrer très fort. Un moment à nous. Un moment partagé par le même amour, la même histoire, la même fin. Je sais que sa douleur est plus forte, c'était sa fille, son sang, sa fille unique. Unique au sens propre comme au sens figuré. Fiona. Jamais je n'avais rencontré une personne si différente...Non seulement sa beauté mais son regard qui nous attire comme un aimant. Elle était devenue ma fille et j'avais bien de la chance. Chaque regard en disait long et ses yeux de petite femme qu'elle était devenue semblaient vous guider dans la vie."

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    "Je refuse de reconnaitre qu'elle est partie. Je ne la connaissais pas les trois premières années de sa vie, mais il n'était pas trop tard ensuite pour rencontrer mon ange. Assommé par cette phrase, j'essaye de me calmer mais il n'y a pas grand chose à faire. C'est donc ça l'absence de quelqu'un qu'on aime. Je sais reconnaitre les moments clés de mon existence. Et ma rencontre avec Fiona en fut un. Mais il y a aussi la vie. Quelques fois la vie a du goût. J'essaye de partager ces moments avec Patricia mais sur la pointe des pieds de peur de la choquer ou de m'éloigner de ma petite étoile."

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    "Nouvelle journée, nouvel effroi et encore cette absence qui tambourine sans cesse dans mon coeur. Cette musique est désuète mais les jours se succèdent et son souvenir nous happe sans prêter garde comme un boulet de canon tiré à feu rouge. Tout est inconsistant. Comme pris de nausées, je suis frappé d'un mal inexplicable. Celui de l'amour d'un père qui attend, qui attend encore de la retrouver un jour."

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    Pierre, merci pour ta présence durant toutes ces années auprès de Fiona et moi. Merci d'avoir été le papa que tu as été, merci pour cet amour que tu as su si bien partagé avec elle, ces moments de tendresse, ces moments de franches rigolades et tous les soins que tu lui as apportée au même titre que moi, sans aucune crainte de ta part.
    Tu as été un homme exceptionnel à la hauteur de toutes les situations même les plus dramatiques et douloureuses que nous avons vécus avec Fiona.
    Je sais que d'où elle est, elle ne cessera jamais de veiller sur toi et de t'aimer de son amour si pur.