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30/08/2008

Je ne peux y croire

J’y ai souvent pensé, je l’ai parfois imaginé mais, je n’y ai jamais cru.
Et puis, ce soir du samedi 23 février 2008, je l’ai vu dans ma tête. Un flash de quelques secondes. Une grande photo, un cercueil et du monde. De la peine, des pleurs. J’ai eu une angoisse. Qu’est ce que je venais de voir ? Tes obsèques mon cœur…mon amour, mon enfant, ma fille, je venais d’avoir un flash de tes obsèques. J’étais en voiture avec Pierre, il était 23h environ, nous revenions de Paris, détendue, heureux. Tu étais chez ton père. J’ai eu ce flash subitement.
Je n’y ai pas cru.
Pourtant, mes larmes ont coulé, je ne comprenais pas. Tout était net, précis. J’ai chassé les mauvaises images.
Et j’ai oublié, je me suis couchée et me suis endormie.

Dimanche 24 février 2008, 7h, Pierre me crie « lève toi, Fiona a eu un arrêt cardiaque. Jean-Alain vient d’appeler ».
Le cauchemar rejoint le flash de la veille.
Je n’y ai pas cru.
Je me lève, enfile un vêtement, je tremble. Pierre pleure, je pleure. Une panique intense, effroyable panique.
Je n’y croyais pas. Nous n’y croyions pas.

Nous arrivons chez ton père en même temps que le Samu. Je m’entends hurler « c’est ma fille, ce n’est pas possible ! C’est ma fille !! ».
Nous entendons de la pièce voisine les médecins et les pompiers s’affairer. Nous entendons la machine, le tracé plat et le son du défibrillateur. Puis soudain, ton cœur repart.
J’y ai cru. J’y ai tellement cru.

Ils nous laissent entrer dans la chambre. Allongée sur le sol, ton body découpé laisse ta poitrine nue, ton visage blême penché sur le côté, tes yeux à moitié fermés, ta bouche entrouverte d’où sort le tube d’intubation, ce tube que tu connais trop bien pour l’avoir si souvent supporté. Ce tube qui aura vaincu ta trachée et ton larynx devenus mous à cause de ces longues intubations, ta petite trachée et ton petit larynx, petites parties de ton corps abîmées, dont les parois se collent méchamment à chaque inspiration t’empêchant de respirer. Cette petite trachée et ce larynx qui cette nuit t’ont joué un sale tour…Je m’ accroupie à tes côtés « ne nous laisse pas Fiona, bats toi ma nénette, je t’aime… ».
J’y ai cru, tu avais si souvent frôlé la catastrophe.

Mais le médecin du Samu n’y croyait guère…

Garches 9h. Tu arrives dans ce lieu que tu connais si bien, accueillie par ceux et celles que tu affectionnes. Mais tu n’as pas ton sourire habituel . Et nous n’entendons pas ton prénom clamé dans les couloirs.
10h. Tracé plat. Coma.
Comment ne pas y croire…

Nous entrons dans la pièce. Je me penche sur toi. Deux petits carrés collants maintiennent tes yeux fermés. Je te prends la main, je te parle. Tu m’entends. Et je vois…je vois deux larmes couler sur tes joues. Je pleure avec toi. Nous pleurons avec toi.
Ton père et Françoise prennent notre place auprès de toi.
La famille arrive. Ma mère me paraît soudain tellement petite.
Nous sommes tous dans la salle d’attente le regard fixe, ailleurs.
Michèle ta cop’s. Elle craque, tant de douleur dans ses pleurs. Je la regarde dans les bras de Pascal.

16h. Tracé plat.
Le médecin qui te suit depuis de longues années est là. Rassurant, réconfortant. Mais exceptionnellement impuissant aujourd’hui. La vie a décidé. C’est inéluctable.
L’infirmier spécialisé des dons d’organes nous parle. Nous signons les papiers. Un deal. Nous demandons le transfert de Fiona à la maison dès lundi. C’est compliqué mais ils le feront.

Je ne peux qu’y croire. Mais je ne suis plus vraiment là.

Hôpital du Chesnay 20 h.
Une infirmière s’affaire au dessus de toi. Antibiotiques et multitude d’injections pour maintenir tes organes en vie. La machine nous fait croire que tu es encore dans notre monde. Or, ton corps est vide de cette vie.
Un prête arrive. Il sort un livre, bafouille, se reprends, cherche ses pages. Il est absent, il n’est pas là, aucune sensibilité, il est pressé.
Pierre et moi aurions du te baptiser nous même. Dieu aurait accepté cette entorse aux règles. Je le sais.
J’ai mal de voir ce bâclage. Tu mérites mieux.
Nous attendons. Ta petite main est froide dans la mienne. Je ne veux pas te lâcher. Non, je vais partir avec toi ! Cette main jamais je ne pourrais la laisser sortir de la mienne ! Jamais !

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Nous attendons qu’ils aient trouvé les receveurs. J’ai peur qu’ils t’enlèvent tous tes organes. Et si ton corps devenait plat, sans plus rien dedans ??
Il me tarde qu’ils te laissent tranquille. Qu’ils ne s’acharnent plus sur tes veines, sur ton petit corps meurtri. Qu’ils arrêtent.
L’infirmier nous promet que ton Ben viendra au bloc avec toi. Il sera dans un sac stérile.
C’est important, c’est essentiel aujourd’hui que Ben soit avec toi.
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0h30. Ton lit d’hôpital quitte la pièce.

Je ne veux pas y croire.

5h. Message de l’infirmier. Ils n’ont pris que les reins. Ben était là. Ils ont deux receveurs. Une femme de 30 ans. Un jeune garçon de 16 ans.

Hôpital du Chesnay. Lundi 25 février 2008. 8h.
La chambre mortuaire. Drôle de nom. La pièce n’est pas si froide que l’on se l’imagine. Mais l’image est terrifiante. Je ne peux supporter l’idée que tu es restée là, au milieu de cette pièce, couchée sur ce brancard, seule toute la nuit, avec Ben pour seul réconfort. Ton visage paisible sortant du drap.
Ta main est gelée.
C’est terrifiant.
Je ne peux y croire.

Avant hier midi je te disais « A demain ma nénette ». Je plaisantais et tu riais.
Tu n’es jamais revenue de chez ton père.

Quand je regarde au dessus de ta tombe, je vois la ville scintillante. Les lumières de la ville dans la nuit. Paris au loin. J’aime, tu le sais, j’ai toujours aimé les lumières de la ville la nuit.

13/05/2008

Il faut que ça sorte !!

Je regardais ce soir les infos et je vois, une petite chinoise transportée dans les bras de je ne sais qui. Son corps semblait mou. Je ne sais pas pourquoi et ne cherchez pas à comprendre…J’ai vu Fiona à travers cette enfant. Je sais, c’est très égoïste, j’en suis consciente. Je ramène tout à Fiona, mais en ce moment, j’ai du mal à rentrer dans le vif de l’actualité et à m’intéresser à autre chose que ma fille partie il n’y a même pas 3 mois. Désolée…
A travers cette enfant, j’ai vu Fiona le lundi après midi où le gars de la Ste Doussin l’a ramenée à la maison. Il a garé sa voiture devant la maison. Il est entré et nous a dit « il faut que je vous dise que je suis très touché par le décès de votre fille. J’ai moi même perdu mon fils unique âgé de 18 ans il y a un an. Il s’est fait écraser par un camion. »
Il nous a demandé de nous éloigner de l’entrée de la maison afin de le laisser seul pour monter Fiona, dans son sac hermétique, jusqu’à sa chambre. Nous l’entendions respirer, souffler fort. Il était plein d’émotion. Nous l’avons entendu monter les escaliers et souffler, souffler. Il était mal. Nous le sentions sans le voir.
Il a installé Fiona dans son lit et nous a appelés.
Nous avons ensuite attendu le gars qui devait « préparer » le corps et faire les soins.
Il est arrivé. C’était prévu que nous habillerons nous même Fiona.
Il a fait ce qu’il avait à faire et nous a appelés. Pendant que nous habillions Fiona, il est resté sur la mezzanine, près de la chambre, au cas où. Nous n’avons pas eu besoin de lui.
Tout ceci n’était pas habituel pour eux. Transférer un corps au domicile, laisser faire les parents pour l’habillage…
Fiona tu étais belle, blanche, les traits reposés, le teint transparent. Tu étais belle. Tu dormais. Nous t'avons mis Ben dans les bras. Ben qui t’a accompagnée partout depuis des années. Ce même Ben qui nous suit partout à présent. Et la poupée de Danny au pied de ton lit.
Tu es restée ainsi, paisible, jusqu’au vendredi. Tes amies sont venues, la famille, nos charmants voisins. Et le soir, quand nous étions seuls, nous nous couchions à tes côtés et te parlions. Ces derniers instants avec toi sont inoubliables. Jamais je n’oublierai. Jamais je n’oublierai ces quelques jours, comme jamais je n’oublierai les deux larmes qui coulaient sur ta joue à Garches alors que tu étais déjà partie. Jamais je n’oublierai toutes ces années mon amour.

Il fallait que ça sorte.

16/04/2008

Le choc

Hier, nous avons reçu le journal de Mareil-Marly (notre petit village de 3200 habitants).

Je l’ai feuilleté distraitement et je suis arrivée à la page des naissances et des décès.

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Le choc !

Comme si la douloureuse réalité m’éclatait subitement en pleine en figure !
Fiona est partie, elle nous a quittés et elle ne reviendra pas.
Non, elle ne reviendra pas.
Je regarde son nom posé sur le papier glacé, son âge. Non, ce n’est pas possible, elle n’a pas pu partir comme ça, du jour au lendemain, sans que rien ne laisse présager cette fin brutale !

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Et cette douleur qui nous tenaille le cœur, combien de temps va t-elle durer ?
Comment allons-nous faire pour nous adapter à cette absence physique qui va durer indéfiniment dans le temps ?
Comment vivre sans plus la toucher, sans plus l’entendre même si je découvre sa petite voix qui me parle dans ma tête et essaye de me réconforter ?
Comment continuer à sourire à la vie alors que nos plus grands bonheurs, nous les partagions avec elle ?
Comment envisager l’avenir, alors que notre avenir ne pouvait s’imaginer sans elle ?
Et que faire de toute cette liberté qui me panique ?
Quel regard porter sur toutes les beautés du printemps ? Je ne peux plus les partager comme auparavant avec elle.
Je regarde les belles tulipes dans le jardin. Je suis seule à les regarder.
Les muguets fleurissent. Nous serons seuls à les cueillir cette année et à les sentir.
Et nos ballades en forêt. Nous n’entendons plus ses rires dès que le terrain chaotique faisait bouger sa poussette dans tous les sens...
Et nos soirées filles ? Séance d’esthétisme, massage et vernis à ongle. Elle adorait.

Je me surprends encore en allant à St Germain à me dire « il faut que j’achète ça à Fiona ».
Je me surprends encore en me levant le matin à faire doucement pour ne pas te réveiller.
Je me surprends encore la nuit à écouter si tu respires sans gêne.
Je me surprends encore à penser comme si tu étais là.

Nous n’avons pas encore intégré ton absence définitive.
Peut être parce que ta présence est malgré tout très forte.
Peut être parce que ton parfum continue à flotter par moment dans certaines pièces de la maison.
Peut être parce que tu nous envoies de nombreux signes, à nous, mais aussi à tes amies…

Mais surtout parce que tu n’es tout simplement pas vraiment partie, ton corps n’est plus là certes, mais l’essentiel qui fait que tu existais est resté. Tu existes.
Tu ES toujours.

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