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23/11/2012

Bientôt Noël

 

Ce matin, au lever, il faisait doux. Si doux. Je suis allée boire mon café dehors, assise sur une chaise de la terrasse et, j’ai regardé là, seule, l’unique étoile de ce ciel très matinal. Mon étoile. Ainsi posée dans le ciel, face à moi, seule dans cette immensité, ce ne pouvait être que MON étoile. Je crois qu’elle me disait de ne pas être triste en ces jours de fête qui approchent.

Oui, dans un mois - un jour, c’est Noël. Certains sortiront leur faux sapin de sa boite d’emballage, d’autres s’en iront acheter le vrai qui sent bon. Chacun sortira de leur boite, guirlandes et boules dorées, sans oublier la petite étoile qui illuminera la cime du sapin. Et, tous penseront aux cadeaux à acheter, à la dinde ou au chapon, aux invités, à la décoration de la table de fête. Et, durant ce temps, le monde s’arrêtera. Plus de peine, plus de souffrance, plus de douleur…Place aux festivités et à l’abondance, à la joie et la bonne humeur.

Festivités qui ne me tentent guère même si la joie et la bonne humeur ne me quittent pas. Non, un Noël sans ma fille c’est une fête sans saveur qui me rappelle trop son dernier Noël, passé ici, à Fontarèches, deux mois jour pour jour, avant son départ. Son dernier Noël. Un 24 décembre 2007 festif, passé juste à trois,  heureux. J’étais loin, très loin, tellement loin d’imaginer qu’elle n’avait plus que 62 jours à vivre. J’étais tellement loin d’imaginer que nous n’aurions pas le temps de faire tout ce que nous avions prévu ensemble. J’étais loin d’imaginer qu’elle ne serait jamais une jeune femme adulte. Ma fille, je la croyais immortelle. Elle avait tant combattu, elle avait fait tant de pieds de nez à la mort, que je la croyais immortelle.  Même ce 24 février 2008, je l’ai crue immortelle. Jusqu’au bout. Jusqu’à ce que les médecins me parlent de dons d’organes. Et, je me dis, qu’à travers ses reins quelque part en France, elle vit encore.

Non, Noël me met mal à l’aise. Quand on vous a pris l'essence même de votre vie, la force et le courage n’ont aucune raison d’être lors de certains évènements… Je n’ai plus celle qui illuminait mes fêtes.

Malgré tout, cette année, je veux faire l’effort de…Je sais que c’est ce qu’elle voudrait. Que je sois forte et sereine en toutes circonstances. Dans la joie aussi. Comme elle a été, toujours.

Oui, cette année, nous achèterons un beau sapin, des guirlandes et des boules dorées pour le décorer. A la cime, j’accrocherai la photo de mon étoile.  Et, le soir du réveillon,  avec Jean-Christophe nous allumerons des bougies, nous boirons du champagne, nous dînerons, nous nous offrirons un beau cadeau. Et bien-sûr, je parlerai d’elle, de nos Noëls, de notre vie. Je parlerai d’elle car c’est vital. Parler d’elle.

 

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Fiona - Noël 2007 à Fontarèches

 « Rendez-moi vivante à travers vous. C’est ma joie. Mourir serait de me laisser dans mon silence »
Fiona le 13 janvier 2008

 

03/11/2012

J'enrage de son absence, le film

 

La limite entre la raison et la déraison…

Qui peut comprendre comment est-il possible de franchir ce seuil, inconsciemment, instinctivement peut être ?  Et cette volonté féroce, presque inhumaine qu’il faut avoir pour ne pas sombrer… ?

Perdre son enfant, son seul et unique enfant et se retrouver seul, sans aucune raison de vivre. Plus de famille, plus de foyer, juste un couple sans enfant avec sa souffrance horrible. Deux êtres face à l’inacceptable. Et l’ultime issue : se séparer pour ne pas se noyer.

Comment n’aurais-je pas pu me retrouver tantôt dans Mado, pudique et silencieuse, qui se doit à tout prix d’être heureuse. Et, tantôt dans Jacques qui jamais ne s’est relevé de ce drame et que l’on voit, impuissants que nous sommes face à son effroyable douleur, sombrer peu à peu dans l’insensé et franchir le seuil de la déraison.

C’est si simple de passer de l’autre côté quand il n’existe plus l’essentiel.

Mado a réussi à se reconstruire une vie, une vraie famille avec un mari et un enfant. « Je suis parfois heureuse » dit-elle. Jacques n’a que le vide de sa vie dénuée de sens et sa culpabilité pour seul compagnon. Mado a rangé (en apparence) sa souffrance dans une caisse en plastique au fond de la cave. Jacques, lui,  n’est que souffrance. Il va revivre quelques semblants de cette paternité définitivement perdue, avec Paul, le petit garçon de Mado. Et sombrer davantage…

Je suis heureuse qu’un film raconte cette histoire avec autant de sensibilité, de délicatesse et d’intelligence. La perte de son enfant, le deuil de la famille que l’on s’est construite, la souffrance liée au simple fait de ne plus être père ou mère du jour au lendemain et ce, pour toujours, l’impossibilité de se reconstruire une famille…Tout ce qui peut mener à bien des débordements.

Quand Fiona est décédée, quelques mois après, à bout de souffrance, j’ai eu l’idée pendant quelques jours de m’inventer une histoire qui aurait pu me faire vivre son départ moins douloureusement et me faire retrouver mon « statut » de maman. Une histoire inventée que je me suis ressassée dans ma tête des jours durant, silencieusement, honteuse de créer de toutes pièces une telle histoire dans le seul but de moins souffrir.  J’aurais pu tout autant rejeter éperdument mon Amour perdu sur ma nièce. Ou bien, décider qu’il fallait affronter ce drame, accepter que ma fille ne soit plus dans ma vie terrestre, apprivoiser ma douleur quotidienne et surtout, ne pas souffrir de voir le bonheur des autres mamans.  Et se reconstruire une nouvelle vie, ailleurs, un autre bonheur. C’est ce que j’ai fait.

Je suis également heureuse que ce film montre la souffrance d’un homme, souffrance souvent mise sous silence lorsqu’il s’agit de la perte d’en enfant. Souffrance certainement moins reconnue dans notre société où l’on croit encore que l’amour viscéral et  inconditionnel pour son enfant n’appartient qu’aux femmes qui, elles, ont mis au monde cet enfant.

Pourtant, il est évident que les femmes n’ont pas le monopole de l’amour et de la souffrance.

Pour finir cette note, juste quelques mots sur l’interprétation. William Hurt, Alexandra Lamy et le jeune Jalil Mehenni  sont juste parfaits !

Merci Sandrine Bonnaire pour ce film intense.