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24/06/2011

Te parler

 

Je me pose un instant dans son ancienne chambre, je regarde autour de moi. Peu de souvenirs de son passage ici. Quelques vieilles peluches laissées là par hasard, ses poupées russes, une boite modelée en terre et un encadrement de toile de peinture que nous avions entièrement recouvert de papier de soie multicolore. J’ai changé la couleur des murs, j’ai remballé son lit électrique, j’ai installé dans cette pièce de nouveaux meubles. Mais je revois encore la pièce telle qu’elle était quand son rire en cascade illuminait encore les murs.

Je regarde par la fenêtre. De là, je ne vois qu’un bout du jardin et de la piscine. Je n’ai même pas eu le temps de la voir s’épanouir ici. Partie trop vite. Un simple au revoir, à demain. Pour ne jamais revenir. Merde !

 

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Noël 2007 à Fontarèches

 

 

Aujourd’hui j’ai commencé à ranger tous les objets personnels avant l’arrivée des locataires en juillet. Ses photos et autres petits souvenirs cohabitent le temps d’un été dans une grande caisse avec toutes sortes d’objets et de papiers. Sa boite à trésors qui renferme ses 16 années de vie va aller rejoindre les outils sur une étagère dans la cabane de jardin. Ses cendres aussi. Ma manie de poser ma main dessus tous les soirs avant d’aller me coucher m’est passé. Je peux vivre sans à présent.

Dans dix jours je serai à Saint Germain en Laye. Et là je le sais, les souvenirs vont affluer à la vitesse grand V, me faisant du bien et du mal. Je vais avoir envie d’aller tous les quatre matins au cimetière à Mareil et de passer devant notre ancienne maison. Je vais certainement rendre visite à mes anciens voisins qui me raconteront les dernières nouvelles du village. Et à Parly II, je vais la voir dans son fauteuil, excitée comme une puce rien qu’à l’idée d’aller acheter des fringues. Les images me reviennent alors nettement à l’esprit, tout y est, les odeurs, les sensations…Nous avons tous la faculté je crois, de revivre à la perfection des instants éphémères.

Les années passent et, la vie, le bonheur de vivre, la joie reprennent le dessus. C’est un mauvais épisode qui laisse une cicatrice béante, certes, sanglante même. Mais la route finit par se redessiner clairement à l’horizon et le nouveau départ est plus serein.

Je vis avec ce poids constant sur la poitrine, comme d’autres vivent avec leurs douleurs physiques ou tout autre souffrance. Un mal. Il faut juste prendre le temps de l’apprivoiser, en quelque sorte de l’aimer pour pouvoir vivre avec sans effort.

Je ne pleure plus. Ou si peu. C’était, parait-il, un des éléments révélateur dans ce parcours. Je ne me réveille plus le matin en me disant qu’il faut vite que j’aille voir dans sa chambre si elle dort encore. Et je ne rentre plus dans des boutiques, comme un soir, quelques mois après son départ, pour lui acheter un tee-shirt. Il m’arrivait si souvent la première année d’oublier qu’elle n’était plus là. L’effroyable vérité me revenait alors en pleine tronche ! Si souvent.

Mais j’ai encore besoin de parler d’elle. D’où ce blog, son blog, que je ne peux me résoudre à supprimer  car, en dehors de ses derniers mois de vie qu'il contient,  il reste également mon psy de secours dans les moments où j’ai besoin de parler à moi-même et de vous parler à tous.

Et dans ces moments où j'ai encore besoin de te parler à toi mon Amour, autrement que dans mes pensées...

 

16/06/2011

Nos peurs

 

Parfois je me demande comment serait le monde si nous avions tous la faculté de vaincre nos peurs face à l’inconnu, quel qu’il soit. Nos peurs de la différence, quelle qu’elle soit. Toutes ces peurs qui nous amènent trop vite à l’indifférence.

Je me rappelle, il y a 20 ans, j’emménageais dans les Yvelines. J’étais enceinte de Fiona, je prenais un bus chaque jour pour me rendre au RER. Dans ce bus, certains matins, voyageaient également des adultes ayant un handicap mental léger. Ils se rendaient à l’ ESAT. Un matin, l’un d’entre eux s’est assis à côté de moi et a tenté d’entamer une conversation. J’ai été prise de panique. Je ne savais pas quoi lui répondre. Je me suis rappelée alors, de cette école pilote à Paris, où j’avais fait ma maternelle et où la mixité était de rigueur. Certains de mes petits camarades avaient un handicap moteur et/ou mental léger. Et de cette petite fille atteinte de trisomie qui s’était liée d’amitié avec moi lorsque j’avais 14 ans, le temps d’un séjour en maison de convalescence, où la encore, la mixité était présente. Je n’avais aucune peur à l’époque. Tout était naturel, spontané, sans malaise.

J’ai retrouvé les jours suivants ce jeune adulte handicapé mental dans le bus. Et nous avons parlé. Simplement.

Puis, Fiona est née. Avec son IMC. Et subitement, je me suis retrouvée au travers d’elle, de l’autre côté de la barrière. Et là, j’ai vu. La peur, le malaise, le doute, l’indifférence. La pitié aussi parfois. Il me suffisait de me rappeler certains moments de ma vie d’avant pour comprendre ce sentiment de peur face à l’inconnu. Cette peur engendrée par l’ignorance.

Toutes ces peurs qui nous bouffent la vie, qui nous empêchent d’être réellement nous et d’agir comme nous le souhaiterions. Cette amie de la famille pour laquelle je n’ai pas été présente tout au long de sa maladie, simplement parce que j’avais peur de ne pas trouver les mots pour la réconforter. La fuite est plus facile dans ces moments là.

Comme la peur face à une personne en détresse suite à un évènement douloureux (deuil, rupture). Quoi lui dire, quel réconfort lui apporter ? Certains préfèrent faire abstraction totale de l’évènement douloureux, faire comme si rien ne s’était passé. D’autres s’en vont. Et quelques uns restent, parfois en silence. Mais c’est si bon le silence.

Alors, que faire pour vaincre nos peurs ? Faut-il vivre une vie « riche » en douleurs pour exorciser ce mal ?

 

 

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14/06/2011

Another Year

 

Une année de plus, et la seule différence avec l’année précédente est ce petit bout de chemin supplémentaire parcouru qui m’amène doucement, à mon rythme, vers une forme de sagesse et de clairvoyance. Apprendre à mieux me connaître et me comprendre afin d’être en accord avec moi-même et les autres. Voilà, un vaste chantier.

Je crois malheureusement avoir pris conscience tardivement de certains éléments essentiels au bonheur, le jour où Fiona est partie. Et là, sa phrase tapée avec ses petits doigts sur son clavier « être dans la joie » prend tout son sens. Chaque jour j’avance, avec ses quelques mots au fond de moi, plus sereine, plus confiante en la vie que la veille.

Et comme j’aime me faire des cadeaux :), je m’offre un extrait de ce film qui aura marqué, cinématographiquement, mon année 2010. « Another Year » de Mike Leigh. Une histoire simple qui nous en dit beaucoup sur la plénitude et bien plus encore… Courez le voir si ce n’est déjà fait.

 


Another Year - Bande annonce Vost FR par _Caprice_

 

08:07 Publié dans Bonheur | Tags : joie, mike leigh | Lien permanent | Commentaires (3)