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28/01/2009

Cécile et Vincent

Hier nous sommes allées, ma mère et moi, rendre visite à Cécile et Vincent, mon ami d’enfance.

Nous avons d’abord rencontré Cécile dans sa chambre. Elle n’a pas changé depuis ces quelques années que ne l’avions pas revue. Malgré ses chaussettes avec sa jupe plissée qui ne lui ressemblent guère et ses cheveux longs, raides et blancs, elle n’a pas changé. Elle a toujours cette élégance qui la caractérise si bien.
Elle était surprise de nous voir et s’est demandée qui nous étions. Il semble qu’elle se soit rappelée de ma mère. Quant à moi, je ne crois pas.
Nous avons longuement parlé de vieux souvenirs. Sans cesse, elle répétait que son cerveau rétrécissait. Elle nous a donné des exemples précis : elle reconnait la porte de sa chambre mais au delà de cette porte, elle ne sait plus très bien ce qu’il y a. Il lui semble quand même que c’est un couloir mais où mène ce couloir ? Non, elle ne sait pas car elle oublie systématiquement.
Elle sait que son fils n’est pas loin. Mais elle ne sait plus trop bien où et si elle le voit. Elle croit bien le voir de temps en temps mais elle n’en est pas certaine.
Son cerveau rétrécit. Elle nous mimait le carré dans lequel est emprisonné son cerveau, carré qui se resserre au fil du temps.
« Peut être est ce mieux de ne pas se rappeler… » nous disait-elle.
Puis « je ne suis pas à plaindre, il y a bien pire que moi. »
Et « mon cerveau rétrécit, je n’arrive pas à me rappeler. »
Elle ne se rappelait plus qu’elle avait deux sœurs. Mais en réfléchissant, elle s’est souvenue des prénoms. Oui, ça lui ferait plaisir de les voir mais elle ne veut pas les obliger…

Drôle de maladie.
On a beau voir des films qui dépeignent à la perfection le sentiment d’impuissance face à quelqu’un dont la mémoire s’évapore (« Loin d’elle », « N’oublie jamais » et « Se souvenir des belles choses » à voir et revoir !) ou des émissions traitant ce sujet avec beaucoup de clarté, on se sent malgré tout totalement désemparé lorsqu’on se retrouve face à une personne que l’on connaît depuis plus de 45 ans, et dans les yeux de laquelle on lit la souffrance de ne pas se rappeler des mêmes souvenirs…
Il y a un sentiment d’isolement dont Cécile nous a très bien parlé.

Ensuite, nous sommes allés avec Cécile dans la chambre de Vincent.
Avec ma mère, nous ne nous attendions pas à ce choc.
La maladie de Huntington est une maladie sournoise et cruelle qui vous tue à tous petits feux. Jamais, jamais je ne pourrais oublier cette image.
Je lui ai pris la main et je lui ai parlé. Il comprend. Son esprit, même s’il n’est peut être pas intact est encore bien présent. Je suis restée un petit moment seule avec lui. J’ai essayé de tester une communication avec le clignement des paupières…mais bien sûr, ce n’est pas en une seule visite que l’on peut établir une telle relation de confiance. Il était trop envahit par l’émotion de nous revoir. Il s’énervait et essayait de parler.

Mais je sais que si ma présence lui fait du bien et qu’il le souhaite, nous y arriverons.

12:46 Publié dans Mes amis | Tags : émotion, mémoire | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

un beau moment de retrouvailles, des instants plus qu'intenses, qui ,je suis ,plus que persuadée ont laissé une empreinte et un réconfort profond bien que éphémére !!!mais que sais-je?
tu as été à ce moment là un arrêt sur une vie un bout de vie , une rencontre riche de souvenirs qui ne peuvent que nourir leur esprit à l'un et à l'autre!!! et quI nous fait tous grandir et d'être humble face à la vie.

Écrit par : nadia | 28/01/2009

C'est l'Amour qui t'a conduit vers ton ami Vincent, tu as embrassé son visage du regard de toute votre enfance comme une phase de vos complicités en discernant les joies et la maladie que tu veux aujourd'hui insérer dans un tout de toi en lui, c'est une très belle marque d'affection au dessus de laquelle Vincent en te revoyant resplendit, Vincent croît démesurément en cet amour d'enfance qui n'a jamais disparu de vos deux âmes complémentaires malgré vos absences ...

Je t'embrase ma chère Patounette ...

Pat ♫♫♫***

Écrit par : Pat ♫♫♫ | 29/01/2009

Patricia, le coeur a ses raisons, ...et tu le défini ici si justement,
ton ami Vincent, ton si cher ami d'enfance, vous vous êtes retrouvés malgré la vie qui lui a joué un si mauvais tour...
Tu vas par ta présence lui apporter beaucoup de bonheur certes cela ne changera rien a sa foutue maladie mais l'essentiel est qu'il te retrouve,...
Le bonheur que tu lui apportera va etre certainement pour lui sa raison de "vivre" et lui redonner un peu d'espoir de ne plus se sentir seul, même si sa maman est la tout prés de lui...
Je trouve que tu as fait la une preuve de courage exceptionnellement généreuse, dans ce monde ou tout fou le camp, continue Patricia, tu es génial,
lorsque tu reverra Vincent, dis lui qu'une personne sans le connaitre pense a lui et lui envoie toute son amitié,

bises

Écrit par : Christine | 29/01/2009

Quand l'amour guide nos pas et nos coeurs, il n'est jamais question de hasard, il n'est donc jamais vain de donner la chaleur d'une main, le velour d'un sourire ...
Parfois il nous en coûte mais le retour en est si merveilleux.
Patricia, ton ami aura sans doute reçu par ta visite, bien plus que tu ne l'imagine et ses pensées s'en verront allégées jusqu'à te revoir.
La prochaine fois, il y aura moins d'émotions et une communication pourra s'établir entre vous. Quelle richesse que te pouvoir pencher ainsi son coeur, comme tu le fais, vers ton ami Vincent.
Je suis toujours très émue lorsque je viens te lire.
Je t'embrasse

Écrit par : Fanzesca | 29/01/2009

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